-Euh... laisse-moi réfléchir... Non !
-Moi j'veux bien, dit une voix venant de l'arrière.
-Ah merci Alban. J'en peux plus moi.
Je m'arrêtai. On échangea les places et c'est repartit. Cette année c'est la première fois qu'on part à 3 au ski dans toujours ce même petit village. Ils sont pressés de rencontrer ce Sébastien dont je leur parle depuis des années. Je passai le reste du trajet à dormir.
Juliette me secoua légèrement. Je me redressai.
-Oui, tu nous indiques l'appartement ? ajouta Alban.
Je leur montrai où nous allions loger ces 2 semaines. On rangea nos valises puis je me précipitai vers la petite mairie. Il y avait toujours ce petit banc. Mais personne. Je restai là à le fixer. Seb ne va pas tarder. Comme la dernière fois il va arriver par derrière pour me faire peur. J'attendis 20 minutes. Juliette et Alban étaient venus me retrouver.
-Chaque année on arrive vers 15 heures.
-Et il est ? demanda Alban.
Je regardai l'église.
-Peut-être qu'il arrivera plus tard., répéta Juliette.
-Oui... m'avouai-je, déçue.
On attendit encore 30 minutes.
-Oui, je commence à avoir froid, dit Alban.
-Attendez, je suis sûre qu'il va pas tarder.
-Reste là si tu veux mais nous on y va.
-Ok.
Ils attendirent encore quelques secondes puis rentrèrent. Je restai assise sur le petit banc encore 2 heures puis Alban vint me chercher.
-Oui, t'as raison.
-Allez, me dit-il en me tendant sa main. Juliette a préparé une fondue.
-C'est tentant je dois dire.
Je le suivais. Toute la soirée je fus assez préoccupée. Et si cette année il ne reviendrait pas ?
Je me couchai avec cette même pensée.
Le lendemain, j'allai dans la seule cabine téléphonique du village pour avoir du réseau et composai son numéro. Quelqu'un décrocha mais ce n'était pas Sébastien. Une voix de femme mêlée de sanglots se fit entendre.
-Euh excuser-moi j'ai du me tromper de numéro. Je ne dois pas être sur la ligne de Sébastien.
Bonne journée.
J'allai raccrocher.
-Ah ok. Et pouvez-vous me passez Seb s'il vous plaît Madame ?
-Désolée, mais c'est impossible.
-D'accord et bien je rappellerai plus tard. Dîtes lui qu'Elodie a appelé.
-Ah Elodie. Je suis la mère de Sébastien.
-Oh, bonjour Madame. Je ne vous avais pas reconnu...
-Ecoute, Sébastien ne pourra pas te rappeler.
-Quoi ? Mais pourquoi donc ? Il a oublié son portable ?
Elle étouffa un sanglot.
Cette phrase résonna plusieurs fois dans ma tête. Je lâchai le combiné et m'enfuyais en courant. Je partis m'asseoir sur le banc. Je ne comprenais pas vraiment ce qui venait de m'arriver...
Je pleure. Je tape dans le premier objet que je vois. J'hurle. Je ne comprends pas. Je ne comprends rien. Je suis comme les enfants qui ne comprennent pas le sens de la mort quand leur hamster n'ouvre plus les yeux.
Pourquoi? Je ne comprends pas. Je reste là, assise. Longtemps.
Quelques heures plus tard, la mère de Seb me rappela. Elle m'expliqua ce qui s'était passé. Sébastien était parti hier matin comme chaque année pour être là vers 15h. Mais il n'était jamais arrivé. Il a eu un accident sur la route. On parla longtemps au téléphone. On pleura beaucoup aussi. Puis je me souvins encore des derniers mots qu'il m'a dit avant de partir : « A l'année prochaine. » Seulement il ne savait pas qu'il ne se rasseyerait jamais sur ce banc...
Les 2 semaines sont passées. Les 2 semaines les plus longues de ma vie.
-Non. Jamais.
Silence.
-Vas dans la voiture, je vous rejoins.
Je laissai les larmes couler et m'agenouillai près du banc. J'y gravai un message puis remontai en voiture.
-Rien.
Je regardai le paysage défiler et la petite mairie disparaître avec son petit banc.
Cette année tu ne m'as pas retrouvé... »
Puis le petit village disparut pour la dernière fois.
